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Nul résident n’apporta quelque commentaire à cette brusque et étrange “disparition”. Il y eut une sorte d’omerta et les mois qui suivirent finirent d’enterrer l’épisode au fond des oubliettes. L’appartement 7B, une fois de plus, resta vacant une dizaine d’années, jusqu’en septembre 1986, et une nouvelle fois, c’est une jeune femme qui vint s’y installer : Annette Desvignes. A l’instar de la demoiselle Prune qui l’avait précédée quelques décennies auparavant, la demoiselle Desvignes fut à l’origine d’un remue-ménage au départ discret mais remarquable, de visites masculines diverses et variées. Cependant, à la différence de celles qui avaient eu lieu à l’époque, il n’y avait guère de doutes sur la nature des allers et venues suscités par la nouvelle arrivante. Il faut dire qu’elle avait mauvais genre et il n’était guère étonnant avec son style qu’elle attirât une frange aussi hétéroclite que peu recommandable de la gente du sexe opposé.

En plus de cela, au bout d’un mois à peine, le résultat de ces fréquentations douteuses ne se fit pas attendre. Ces hommes étaient majoritairement issus d’un même moule grossier, décérébrés, très souvent violents et ils furent à l’origine de nombreuses interventions de voisinage de la part de la police et autres services sociaux. A raison d’un ou deux passages par mois, cette agitation rentra presque dans une certaine routine jusqu’au jour où cela s’arrêta brusquement, non pas au départ de Mademoiselle Desvignes mais, en digne héritière de sa prédécesseuse, au moment du début d’une grossesse qui était inévitable. Reproduisant le même scénario, il n’y eut pas non plus de père identifié et Monsieur Dauchard qui devait prendre une retraite bien méritée la même année, prit encore sur lui d’accompagner la jeune femme jusqu’à la naissance du bébé. Ce fut le Docteur Lécuyer fils, qui se chargea des visites bihebdomadaires, le père de ce dernier étant décédé d’une crise cardiaque, cinq ans plutôt.

Pour une raison qui n’est pas très claire, Annette Desvignes n’accoucha pas à la maternité comme il était déjà d’usage à cette époque mais chez elle, assistée d’une sage-femme que Monsieur Dauchard dépêcha sur place à ce moment-là. La naissance se déroula presque sur une journée. La future mère perdit les eaux peu avant midi, le 9 novembre 1991 et Gabrielle ne vit le jour que le lendemain sur les coups de dix heures. Le gardien qui avait veillé avec la sage-femme une bonne partie de la nuit, est sorti de l’appartement dix minutes après et il avait les traits tirés. Mais malgré ça, il avait le sourire aux lèvres.

« C’est un peu comme si c’était ma petite-fille. » confia-t-il à Madame Martinez, la voisine de palier en même temps qu’il s’allumait une cigarette alors que cela faisait des années qu’il avait arrêté.

Même si la confidence pouvait paraître assez incongrue, elle était très sûrement profondément sincère.

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